DANS
"LA BOÎTE A MERVEILLES"
MAÂlem Abdeslam s’enallant travailler aux champs .
L'image du père se limitera dans
ce modeste travail à celle du père de Si Mohammed. L'étude se fera sous la
forme d'un portrait relevant ses principaux traits. Les références concernent l’édition“ Librairie
des écoles– Casablanca”. Les élèves ont étudié chacun un chapitre ou 2 ou 3. Un travail de synthèse a pu donner naissance à cet article
-
- - Il s'appelle Abdeslam.
---- Il a la quarantaine ("frisait la
quarantaine", (p 248). Il est d’origine montagnarde (p178).
---Il exerce le métier de tisserand (fabriquer
du tissu à partir du coton). C'est pour ça qu'on le surnomme "maâlem Abdeslam".
Le qualificatif de “maâlem” est aussi un jugement positif donné aux artisans de
talent.
LE PORTRAIT PHYSIQUE :
Les détails physiques du personnage sont assez rares. Ils se trouvent essentiellement
dans le chapitre IV. Si Mohammed le décrit p 58, dans le but de montrer que sa
mère avait tort quand elle critiquait son mari (" (mon père) n'échappait
pas à ses coups de griffe"). On apprend que c’est un homme grand ("de
haute taille"). Il a la peau blanche et légèrement dorée, les lèvres rouge
corail (un rouge orange comme celui des
célèbres petits "animaux marins" utilisés en joaillerie), la barbe
noire et les yeux profonds (« creux »). C’est aussi un homme robuste
("sa force"). Ces éléments concordent avec l'origine de ce personnage
: dans la page 178, on nous dit qu'il est originaire des montagnes avoisinant
la ville de Fèz, c'est donc un "jbli" comme on dit encore de nos jours.
Les habitants de cette région sont connus pour avoir la peau blanche. Le fait
que c'était un paysan avant de venir vivre dans cette médina explique sa "force".
Sa description dans la page 58 se termine par des éléments se reportant
au portrait moral : des yeux profonds et “sereins” et il “parlait peu et
priait beaucoup”.
LE PORTRAIT MORAL
Ces traits sont nombreux et variés.
- - - C'est un homme qui n'est pas bavard: "il parlait peu" (p
58) ou "mon père qui ne parlait pas souvent" (p71). De même, pendant
la longue séance chez le coiffeur (pp 128 - 138), le maâlem brille par son
silence et ne parle qu'une seule fois pour féliciter Si Abderrahman ( p 137 ).
Il ne change pas non plus lors de ses discussions avec sa femme. Ses réponses sont
très courtes ou rares : page 44,"Ma mère (...) parla des menus événements
de la journée. Mon père sirotait son thé et répondait rarement". D'autre part, lors de ses achats, il achète vite, sans
marchander, sans doute pour ne pas trop parler. P 128 : "Mon père ne
connaissait rien à l'art délicat de vendre et d'acheter. Il ignorait les
subtilités du marchandage", ou encore“(mon père) payait sans discuter”. Contrairement au père, l'enfant aimait cela : les spectacles de
marchandage de sa mère lui plaisaient. Cependant, nous devons attirer l'attention
sur le fait que ce personnage si peu bavard d’habitude, n'hésite pas à parler longuement
quand il le faut. L'histoire d’Abdellah qu'il raconte à sa femme et surtout à
son fils dont la tête est posée sur ses genoux en est le meilleur exemple.
Cette narration dure ... sept pages pendant lesquelles il n’arrête pas de
parler, de la page 71 à la page 77!
- - - C'est un homme très pieux et très respectueux de la religion. Ceci
se voit tout d'abord dans sa manière de parler : La référence à Dieu et à son
prophète est toujours là (entre autres pendant sa discussion avec Driss El Awad
dans le dernier chapitre du roman ou, quand il dit à sa femme, page 177 :
"Ô femme! Ne crains-tu plus la colère de Dieu?"). D'un autre côté, il perpétue la tradition de l'islam et emmène son fils le
jour de l'achoura au sanctuaire Moulay Driss pour y faire la prière. D'autre
part, il ne rentre chez lui le soir qu'après la prière de l'Achaa : p 127
"Est ce le muezzin annonçant la prière de l'Achaa que j'entends?
(...) Mon père ne tarda pas à arriver". Mais, le lecteur sera étonné de voir que le maâlem pratique
un islam qu'on appelle aujourd'hui éclairé ou tolérant. L'élément qui illustre
le plus cela concerne son jugement sur la polygamie (le droit du musulman à avoir
plusieurs épouses à la fois). En effet, à son retour des moissons, lors de sa
discussion avec Driss El Aouad le fabricant
de charrues, il affirme son refus de cette pratique (pp 247-248). Ainsi, quand
il apprend que Moulay Larbi a divorcé de sa très jeune nouvelle épouse, la
fille du coiffeur, il exprime de manière claire et directe ce refus : il na pas
caché sa joie ("Louange à Dieu »). Il va même jusqu'à qualifier cet
acte de folie ("la folie de Moulay Larbi"). Bien qu'analphabète, le
père de notre héros explique son jugement par un raisonnement très logique basé
sur le souci, pour un homme marié, de vivre harmonieusement en couple puis en
famille quand il dit "Il est déjà si difficile de s'entendre avec une
seule femme, de vivre en harmonie avec les enfants de sa chair".
Ce côté "moderniste" de la personnalité du maâlem se voit aussi
dans l'éducation qu'il donne à son enfant. Ses rapports avec lui sont loin de
tout autoritarisme. Ainsi, pendant la fête de l'achoura, il ne lui impose pas
les jouets ("Mon père me laissait choisir (un tambour en forme de sablier...et une nouvelle trompette)", p
128). De plus, il est loyal avec lui : l'enfant mérite le repos quand il a bien
travaillé et il n'est pas appelé, comme le réclamaient la plupart des parents à
cette époque-là, et encore aujourd'hui, à ne jamais s'arrêter de travailler.
("Tu travailles bien, (donc) cette journée de repos sera une juste récompense",p155, chapitre VIII).
- - - Ce côté moderniste se voit aussi dans sa vie de couple et sa manière de traiter sa femme.
Abdeslam associe son épouse Lalla Zoubida dans ses décisions : Si Mohammed nous
dit page 146 :"Pendant le repas, mes parents établirent un programme pour la journée". Dans la page 177, on est face à la modestie et le
respect du mari envers sa femme : Quand Lalla Zoubida lui demande s'il pense
qu'elle est une épouse dépensière, il s'excuse presque et répond : "Telle n'est pas ma pensée (...) tous les jours".
D'ailleurs, Si Mohammed nous l'avoue page 182 : "Pour ma mère et
pour moi, mon père représentait (...) la paix”. Ici, le nom "paix" veut dire respect mutuel, partage des
responsabilités, vie paisible... bonheur.
- - - Le maâlem est un mari et un père responsable. Plusieurs éléments
montrent cela.
• Quand il a été volé et
ruiné, il a préféré aller travailler durement loin de sa famille pendant les
moissons dans les champs plutôt qu'emprunter de l'argent (chapitre
XII).
• Il a toujours été présent aux côtés de sa famille : "il n'avait jamais quitté la maison"( p182 ).
• Il se sacrifie pour sa famille :
après l'épisode du vol, il demande à sa femme de ne pas gaspiller "son
sucre". Mais, le plus surprenant et important est que, lui, grand amateur
de thé, se prive de thé ce jour-là et
laisse sa femme et son fils en boire (p 177).
• Après l'épisode du vol dans le souk, en colère et ne supportant plus
les paroles et critiques de sa femme, il préfère sortir plutôt que rester et se
disputer avec elle. (p 170, "je m'en vais, je sens que si je reste je
manquerai de patience"). C'est donc un mari qui fait tout pour que son
fils vive dans un environnement calme et
serein.
• Connaissant la pauvreté extrême dans laquelle il avait laissé sa famille,
dés qu'il l'a pu, il leur a envoyé une douzaine d'œufs, du beurre, de l'huile
et trois pièces d'argent. Ce "colis" était le bienvenu: page 217, le
narrateur le qualifie de "trésor". D'ailleurs, le messager assure à la mère que le père "travaille
beaucoup et met tout son argent de côté".
• Un événement témoigne
à la fois des côtés responsable et discret de ce père. Quand Lalla Zoubida lui
demande d'acheter une lampe à pétrole comme celle qu'avait Fatma Bziouya (p 42),
il ne dit rien : page 44 "Ces propos laissaient mon père dans une indifférence totale”. Le lecteur le prendrait alors pour quelqu'un d'irresponsable. Mais,
dés le lendemain, dans le paragraphe suivant, on apprend que Si Mohammed a
trouvé, " accrochée au mur de notre chambre, bien au centre, une lampe à
pétrole identique à celle de notre voisine".
- - - Il est très affectueux et attentionné avec Si Mohammed. Ainsi,
quand ce dernier est malade, le père arrive plus tôt à la maison pour le voir et lui touche tendrement le front, sans le
réveiller, pour voir s'il va mieux (p 175, dans le dernier paragraphe). Il en
arrive même jusqu'à plaisanter avec lui : l'épisode des poils blancs sur sa barbe
de la page 42. Il n'est pas nécessaire de préciser que ce maâlem adore son
fils. A la page 43, sa "face devient rayonnante" quand ce dernier "se précipita pour l'accueillir".
Tout de suite après, il le soulève et dit : "Il devient lourd cet infidèle!
C'est bientôt un homme !!". Les deux points d'exclamation soulignent la
joie et la fierté du père. D'autres justifications vont dans ce sens. Page 164,
dans le souk des bijoutiers, au milieu d'une foule "agressive", le
père n'hésite pas à porter son enfant fatigué et, surtout, à le serrer tout contre lui pour
le protéger. Page 169, lors du cauchemar
du fils, cauchemar en relation avec le vol du marché de bijoux, il plaisante avec lui : épisode des cheveux gris sur la
barbe page 42, chap II. Même loin de lui, pendant les moissons, il se soucie de
sa santé. Son émissaire nous l'apprend, page 217 : "Sa santé (celle de Si
Mohammed) l'inquiétait beaucoup". Ceci est renforcé par l'amour que lui porte son fils à travers sa
manière de parler de lui, une manière toujours très valorisante.
- - - Le tisserand est aussi un homme qui sait se défendre et se
faire respecter quand on essaie de le
rouler ou d'abuser de sa droiture. Le deuxième paragraphe de la page 165
illustre cela de manière claire. On y "voit" le maâlem et le dellal
qui a essayé de le voler se tenant par le collet. Mais, on remarque surtout ce dellal
avec une tâche de sang sur la joue! D'un autre côté, à son retour du marché, page 167, il ne
cache rien quand il dit :"J'ai dû vous abandonner seuls pour corriger ce mécréant qui essayait de nous jouer quelque tour. Les choses sont donc claires: le maâlem, d'habitude calme
et retenu, a frappé violemment ce voleur… qui le méritait!
- - - Notre personnage est un homme très fier. Ses origines paysannes et
montagnardes expliqueraient cela. Lors de la crise causée par le vol dans le
marché de bijoux, il préfère aller travailler péniblement dans les moissons et
laisser sa famille seule plutôt que se rabaisser et acheter du coton à crédit
aux marchands. Il le dit en des termes forts dans la page 178 : "Jamais je ne m'abaisserai jusqu'à mendier du
coton à ces voleurs". Sa fierté lui interdit
aussi de passer de patron à un simple "ouvrier" chez un autre maâlem.
- - - L'élève ayant travaillé sur le chapitre XII, a trouvé M. Abdeslam
misogyne (un homme qui méprise les femmes). Sa justification a été jugée recevable
par l'équipe de rédaction. En effet, à la fin du roman, à son retour des
moissons, notre personnage traite sa femme avec hauteur, voire avec mépris, quand,
l'ennemi juré de Zineb, parle à son père devant sa mère. Ce passage extrait de
la page 247 explicite cela: "Installé sur les genoux de mon père, je lui
racontais les événements qui avaient meublé notre vie pendant son absence.
(...) A chaque instant, ma mère essayait de rectifier; mon père la priait de nous laisser en paix.". Il est clair que Si Mohammed, fidèle à son imagination débordante
que nous connaissons déjà, dénaturait les événements et que sa mère voulait à chaque
fois juste rétablir les faits et corriger les prétentions de son fils. Le père qui l’empêchait de parler et adoptait une attitude
irrespectueuse envers son épouse, contrairement à son habitude, le faisait-il
pour la rabaisser comme le pense notre journaliste ou juste pour laissser son
gosse, qu’il connait si bien, exprimer ses fantaisies et jouer le rôle de
« responsable de la famille en lieu et place de son père ! ». Vous
lecteur, direz quel avis vous partagez.

WadieBihkak, HananeBouguedra,
Fatima Zohra El Mestari ,JihaneNkhila.
Dessin de Ferdaous Drissi El
Bouzaïdi.
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